Archives pour la catégorie Ouvrages

Jeux vidéo : l’industrie culturelle du XXIe siècle ?

Le Département des études, de la prospective et de statistiques du ministère de la Culture publie, en coédition avec les Presses de Sciences Po, l’ouvrage “Jeux vidéo : l’industrie culturelle du XXIe siècle ?”

Résumé
Le jeu vidéo s’est imposé, au tournant du siècle, comme un secteur majeur aux côtés des industries culturelles traditionnelles que sont l’édition de livres, la musique enregistrée, le cinéma ou encore la télévision. S’appuyant sur un ressort anthropologique et portée par une vague d’innovations technologiques, la pratique ludique s’est renouvelée en quelques décennies pour s’adapter à de nouveaux terminaux de lecture, de la console de salon au téléphone mobile. Le jeu vidéo est désormais devenu omniprésent.
L’économie de cette industrie reste pourtant mal connue, encore peu explorée. C’est donc une vision d’ensemble de la filière que propose cet ouvrage. Il permet de comprendre comment et par quels acteurs se conçoivent, se produisent et se diffusent les jeux vidéo, quels sont les enjeux propres à ce secteur mondialisé (effets de réseaux, Internet, importance des coûts fixes, renouvellement rapide des terminaux, poids des communautés, mondialisation, etc.) et de quelle manière ils se déploient sur les différents continents.
En réinventant tous les chaînons des industries culturelles – les processus de création, de production, de distribution et de monétisation –, en se développant d’emblée à l’échelle mondiale, l’industrie des jeux vidéo est ainsi le reflet des transformations techniques, industrielles, économiques portées par la révolution numérique tout autant qu’elle devient un possible horizon des industries culturelles.
Par leur dimension mondiale, globale et omniprésente, les jeux vidéo pourraient-ils s’imposer comme l’industrie culturelle du XXIe siècle ?

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La parution de « Le travail de la gamification. Enjeux, modalités et rhétoriques de la translation du jeu au travail »

L’ouvrage collectif « Le travail de la gamification. Enjeux, modalités et rhétoriques de la translation du jeu au travail » est publié, dirigé par Yanita Andonova, Pierre Lenel, Anne Monjaret, Aude Seurrat et Emmanuelle Savignac aux éditions Peter Lang.

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Ethno-sociologie des machines à sous

Jean-Pierre MARTIGNONI-HUTIN
ETHNO-SOCIOLOGIE DES MACHINES A SOUS

Depuis quelques années de curieux objets ont envahi les casinos français. Qu’on les appelle Liberty Bells (cloches de la liberté), bandits manchots ou slots, c’est bien sûr de machines à sous dont il est question. Plus de 13 000 machines à rouleaux et autres vidéo-pokers “tournent” déjà dans les 160 casinos nationaux et leur nombre ne cesse d’augmenter. Cette révolution ludique a entraîné de nombreuses conséquences sociologiques et économiques : les casinos sont désormais ouverts à Monsieur et Madame Tout-le-Monde, le secteur concerné est en pleine concentration. Les groupes Partouche, Barrière, Accor Casinos, Européenne de Casinos, Moliflor, Tranchant… mènent la danse ludique et malgré les contraintes législatives et fiscales se développent, embauchent, s’introduisent en bourse et commencent même à s’implanter à l’étranger. Pendant plus de deux ans l’auteur a interrogé (joueurs, employés, responsables de casinos), observé (attitudes, comportements, rituels…) joué, pour essayer de comprendre pourquoi un jeu aussi simple (introduire des pièces dans une fente ou appuyer sur un bouton) a su conquérir des millions de Français, donnant raison à Charly Fey – l’inventeur des machines à sous – qui pensait que son jeu possédait quelques séductions démocratiques malgré son principe aléatoire.

Le jeu

 

 

Colas DUFLO
LE JEU

Pour Aristote, ” il serait étrange que la fin de l’homme fût le jeu “. Pour Schiller, ” l’homme ne joue que là où dans la pleine acception de ce mot il est homme, et il n’est tout à fait homme que là où il joue “. Entre les deux, et principalement aux XVIIè et XVIIIè siècles, une mutation s’est produite, au cours de laquelle l’idée de jeu, qui désignait d’abord une activité mineure, est devenue un concept pour l’anthropologie philosophique. Comment cela est-il arrivé ? Pour le comprendre, cette étude retrace d’abord, dans un premier chapitre, les étapes les plus significatives de l’histoire du concept jusqu’au XVIIè siècle (Leibniz, Pascal). Elle montre ensuite, à l’aide du témoignage de Casanova, comment le siècle des lumières est aussi le siècle du jeu. Puis elle étudie la revalorisation du concept de jeu dans la pensée kantienne, avant d’aborder enfin les Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme de Schiller, qui marquent la naissance de la notion de jeu dont nous héritons aujourd’hui.

 

Jouer autrefois

Elisabeth BELMAS
JOUER AUTREFOIS

Courte paume, balle à l’escaigne, tamis, pallemail, billard, trou-madame, galet, quilles, boules, volant, trictrac, échecs, dames, loto, jeu de l’oie, hoca, pharaon, biribi, lansquenet, piquet, hoc, triomphe, reversis, quadrille, impériale, flux, culbas, comète, whist : ce sont quelques-uns des innombrables jeux pratiqués dans la France moderne, du XVIe au XVIIIe siècle. Mais jouer n’y est pas si simple qu’aujourd’hui. L’Eglise et la loi surveillent de près jeux et joueurs, elles ne cessent de leur imposer des limites, car elles y voient une activité dangereuse, la première pour le salut des âmes, la seconde pour la tranquillité publique. Elles ne sont pas seules à s’en préoccuper, le théâtre et le roman des XVIIe-XVIIIe siècles mettent en scène les effets funestes de la passion du jeu, pendant que les mathématiciens s’en servent dans l’étude des probabilités et que les philosophes des Lumières en soulignent les dangers pour l’équilibre social. Leurs débats débouchent sur une conception très restrictive du jeu en général, dont il faudrait user comme d’une médecine, avec prudence et le plus rarement possible. Cependant, le jeu déborde constamment les limites que la loi et la morale voudraient lui imposer. Du XVIe au XVIIIe siècle, il se diversifie en jeux multiples, d’exercice, d’adresse, de hasard, de commerce, dont les formes évoluent constamment : si la courte paume décline au profit du pallemail et du billard, les échecs et les jeux de table prospèrent tandis que s’affirme l’éclatante fortune des cartes, employées à la fois dans des jeux de commerce et des jeux de hasard. Ces mutations reflètent la transformation du goût des élites, lesquelles préfèrent désormais des jeux qui ne compromettent pas leur dignité. Jouer dans la France moderne offre aussi maintes occasions de transgression, en particulier aux jeunes gens qui ce faisant expriment leur vitalité et leur impatience, sous l’œil tantôt sévère tantôt débonnaire des autorités de police. Enfin, le jeu représente une force économique méconnue jusqu’ici, qui fait vivre des corporations de métiers, rapporte de l’argent à l’Etat royal grâce au droit sur les cartes à jouer et à la loterie et sustente par la fraude une partie non négligeable de la population. Cette histoire du jeu dans la France moderne envisage l’activité ludique comme un phénomène social global. Elle montre qu’en parlant des sociétés, les jeux disent souvent la vérité.

Figures du jeu

Jean-Pierre ETIENVRE
FIGURE DU JEU

Une langue est un discours. La langue du jeu de cartes et, plus encore, le jeu de cartes comme discours. En Espagne, parce que c’est un pays où la pratique du jeu semble avoir engendrer, plus qu’ailleurs, un discours spécifique qui affleure de façon quasiment généralisée – et parfois inattendue – dans la métaphore. Et du XVIe au XVIIe siècle, parce que c’est pendant cette période que la spécificité de ce discours et l’usage de la métaphore cartière sont le plus remarquables. Cinq études et une introduction. Une longue introduction pour rapporter et expliquer le légendaire des origines. Cinq études pour cerner au plus près le sens d’une vingtaine de termes essentiels et pour scruter, à travers eux, l’imaginaire des naipes. Pour tâcher d’appréhender les rapports qui existent entre des signifiés conceptualisés, c’est-à-dire de retrouver (en partie) les ingrédients du plaisir que des joueurs, qui n’étaient pas tous des « chevaliers de tripot », ont pris à écrire, à lire ou à entendre des textes dans lesquels le jeu de cartes est constamment évoqué.